En réponse à la peur : osons rêver !



Vous êtes résidentes d’un de ces quartiers de notre ville reine appelés « quartiers chauds » ou « hot spots » ou pour les nommer proprement : « les foyers » où la COVID-19 a élu demeure ?


Si la réponse est « oui », vous faites probablement partie d’un ou des groupes suivants : femmes pauvres, femmes monoparentales, femmes noires, femmes racialisées, femmes travaillant aux emplois précaires, femmes habitant des quartiers défavorisés ou à grande concentration de logements sociaux ou tout simplement, femmes sans domicile fixe !

Bienvenue à vous toutes ! Nous avons beaucoup en commun et nous pouvons jaser. Par-dessus tout, nous sommes les misérables cibles du cauchemar COVID-19.


Nous partageons cette liste interminable de peurs tous azimuts au quotidien :

  • la peur de sortir, d’envoyer nos enfants à l’école et à la garderie, mais aussi chez les grands parents, par crainte de leur transmettre le terrible virus;

  • la peur que les enfants rentrent de l’école avec le virus;

  • la peur de ne pas être à la hauteur et en mesure d’assurer le rôle d’enseignante à domicile;

  • la peur de participer aux activités virtuelles, faute de connaissances numériques ou de matériel technologique adapté;

  • la peur de prendre l’ascenseur dans un immeuble très passant où il n’y a pas de mesures hygiéniques et de nettoyages fréquents;

  • la peur de sortir, de contracter le virus et de le transmettre à ses proches et à ses enfants;

  • la peur de sortir, car le risque de se faire fusiller ou attaquer est très élevé;

  • la peur de ne pas avoir assez d’information sur le virus et les mesures sanitaires adéquates, en l'absence de connexion internet;

  • la peur de ne pas disposer d’assez d’équipement de protection individuelle (EPI);

  • la peur de l’anxiété à force de regarder les nouvelles et de voir les ravages du virus sans cesse rapportés;

  • la peur d’appeler des services essentiels et de trouver qu’ils sont fermés ou n’existent plus;

  • la peur de rester coincée 24 heures avec son abuseur et de se faire violenter constamment;

  • la peur de perdre son emploi, sa maison, sa sécurité, son autonomie;

  • la peur de la faim, de la précarité et de la pauvreté;

  • la peur de perdre son équilibre mentale;

  • la peur de faire des cauchemars de COVID-19 dès que nous fermons les yeux;

  • la peur, la peur et encore la peur d’un virus qui continue de nous ronger et de nous tétaniser.

Allons-nous rester tétanisées et impuissantes devant cette crise de peurs étalées et surtout exacerbées par la COVID-19 ?


Et si nous nous attaquions plutôt au maux sous-jacents et longtemps camouflés qui nourrissent la COVID-19 et qui frappent disproportionnellement les femmes !


Ces maux, que nous avons peur de nommer, de vivre, de dénoncer, de pointer du doigt, d’espérer un jour disparus de nos vies, incluent : le racisme, le sexisme, les discriminations, les marginalisations et les violences de toutes sortes, les inégalités, la pauvreté et la précarité économique, les pertes d’emploi, le travail non rémunéré ou non équitable, le manque de services de garde, l’isolement, le silence, les pressions culturelles et familiales, le manque de logement sécuritaire et abordable.


Nous n’avons pourtant aucune peur de croire que les mesures sanitaires combinées à des efforts mondiaux et à la découverte d'un vaccin sont des sources d’espoir pour l’élimination de la COVID-19.


Et si nous, femmes du monde entier, de Toronto, d’Oasis Centre des femmes, des quartiers \ foyers COVID-19, transformions toutes nos peurs en une rage de vaincre et de revendiquer plus que jamais l’élimination des inégalités infligées aux femmes en même temps que la COVID-19 ?


Ellen Johnson Sirleaf a dit : « Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands. » Inspirées par ces paroles, osons rêver d’un monde égal pour les femmes !